Il était une fois un Chevalier qui traversait une sombre forêt sur son fier destrier. Quand soudain une créature ressemblant à un diable se mit en travers de son chemin. Le cheval lourdement harnaché se cabra et son cavalier manqua de tomber à la renverse.
– Que fais-tu ici abominable créature ? Laisse-moi continuer mon voyage ! dit-t-il d’une voix forte pour impressionner le diable.
– Je viens t’apporter mon aide noble Chevalier ! Souffla-t-il sans regarder le Chevalier.
– Je connais ta quête éperdue d’un noble cœur et je te propose de passer un marché : trouver pour la vie, l’Amour véritable ou la sincérité d’une amitié. Continua-t-il sur le même ton.
– Tu peux garder ton aide vil serpent ! Cette quête est mienne et je ne veux rien te devoir… Dit le Chevalier sur un ton courroucé.
– Mais tu ne me devras rien ! Ou plutôt si… Dans le cas où tu choisirais l’Amour, celui que tu ressentiras sera noble et fort mais il restera à jamais sans écho. L’amitié sera quant à elle, sera solide et réciproque. Toutefois dans tous les cas, Amour ou amitié, c’est la frustration qui sera ta compagne pour l’éternité. Ainsi le choix t’appartient. Continu sur 30 lieux vers le bois des demoiselles et tu y trouveras ta quête…
Le diable d’évapora soudainement, laissant le Chevalier sans voix. Celui-ci reprit son chemin sans plus repenser au diable… Comme annoncé, trente lieux plus avant il entendit un sanglot. Il mit pied à terre et continua d’avancer à pas feutrés. Une femme était assise sur un rocher le visage caché dans les mains… Elle pleurait. Quand elle leva les yeux pour le regarder, il sut ! Il sut immédiatement que sa quête s’arrêtait là. Le visage de cette femme semblait dur et éprouvé, mais il émanait de ses yeux une douceur qui subjuguât le Chevalier. Arrivé à deux pas d’elle, Il porta un genou à terre et dit :
– Qu’avez-vous noble Dame ? Puis-je vous venir en aide ou à défaut vous rendre le sourire ?
– Inutile noble Chevalier, passez votre chemin. Car j’ai perdu mon Amour et nul ne saurait m’apporter le réconfort. Dit-elle d’une voix douce.
– Je suis attristé noble Dame par la perte de votre âme sœur et je comprends la douleur qui vous habite.
– Vous ne comprenez pas ! Seules l’envie d’aimer et celle de ressentir le bonheur en partageant la proximité d’un être bien aimé m’à été enlevé par un sort lors de ma naissance.
– Je comprends maintenant votre tristesse. Moi-même je cherche l’Amour véritable depuis toujours, sans jamais le trouver. Mais le lieu n’est pas sans danger, peut-être me permettez-vous de vous raccompagner et chemin faisant nous ferons plus ample connaissance…
En chemin, le Chevalier se dit qu’il venait de trouver l’Amour véritable et la Princesse se dit qu’elle venait peut-être de trouver un ami véritable. Les années passèrent et jamais ils ne partagèrent l’Amour idéal dont chacun avait tant rêvé. Ils trouvèrent à la place la sérénité d’une amitié sans nuage qui dura sans s’essouffler.
Chacun pourra trouver une morale à cette histoire, mais il arrive que l’amitié sincère entre deux êtres soit aussi riche et intense que l’Amour. Et surtout l’Amitié entretenue, qui est par essence moins exigeante, résiste mieux à l’usure et aux vicissitudes du temps.
… Chemin faisant, il continuait de les observer. Et se dit qu’il n’avait pas été, cette fois-ci, à la hauteur de sa réputation…